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Médecine

Comprendre nouvelles découvertes contre la maladie d’Alzheimer

J’ai volontairement laissé passer un peu de temps entre l’annonce très médiatique du Pr Beaulieu et le rédaction de ce billet histoire de bien comprendre les enjeux de cette nouvelle découverte et pouvoir donner un avis, le plus objectif (j’espère!) possible.

La découverte c’est quoi ?
Il faut savoir que la maladie d’Alzheimer se caractérise par deux types de lésions :

  • d’une part, des dépôts de plaques de protéines bêta-amyloïdes autour des neurones
  • d’autre part, l’accumulation de protéines Tau dans les cellules nerveuses.

Naturellement présente dans le système nerveux central, la protéine Tau joue un rôle important dans le bon fonctionnement des neurones. Son amas anormal dans le cerveau, sous forme de “buissons” (en fait il s’agit de leur phosphorylation), perturbe le fonctionnement des cellules neuronales, favorisant le développement de la maladie d’Alzheimer, mais aussi de plusieurs autres formes de maladies neurodégénératives.

L’équipe du Pr Beaulieu vient de caractériser l’interaction entre cette protéine Tau et une autre protéine naturellement très abondante dans le cerveau et appelée FKBP52 (sympa comme nom, facile à retenir). Ils ont démontré in vitro que la protéine FKBP52 supprimait l’activité de la protéine Tau. En clair, une forte expression de FKBP52 empêche l’accumulation de protéines Tau dans les cellules nerveuses.

Les enjeux ?

  • Pouvoir mesurer la quantité de protéines FKBP52 chez les personnes pour évaluer leur risque ultérieur de développer une maladie d’Alzheimer (l’étude devrait bientôt commencer à l’hôpital Charles Foix d’Ivry, en région parisienne)
  • Trouver des médicaments capables de stimuler cette protéine anti-Tau. “Les laboratoires ont déjà dans leurs tiroirs des molécules ayant ce mode d’action, mais dont ils ne savaient que faire”, selon le Pr Baulieu. Néanmoins, un autre médicament “anti-Tau”, agissant de façon différente, est actuellement expérimenté chez l’homme.

Une piste extrêmement prometteuse, mais il faut bien comprendre que l’enthousiasme du Pr Beaulieu vise également (et surtout) à faire un appel aux dons. (plus d’informations sur : http://www.institut-baulieu.org/)
En théorie, cette approche «anti-tau» pourrait trouver des applications dans de nombreuses pathologies puisqu’elle serait utilisable dans l’ensemble des maladies neurodégénératives. En attendant, l’arsenal thérapeutique contre la maladie d’Alzheimer reste limité à 4 traitements dont l’efficacité est considérée comme «modérée» par les spécialistes.
Pour de nombreux experts, des traitements réellement efficaces utilisant cette découverte devraient être disponibles dans moins de 10 ans. On a encore un peu de temps avant de crier victoire…