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Cancérologie

Va chercher bonheur… En soins palliatifs… Njut !

Moi qui suis toujours en train de raler, de me plaindre des médias et de dénoncer les idées reçues, pour une fois je vais juste me contenter de vous raconter mon quotidien et vous allez comprendre le titre…

Je suis actuellement interne (encore… oui pour 5 mois encore) dans un service de soins palliatifs de centre anti cancer et … Je vous entends déjà comme j’ai entendu tout mon entourage : “ah c’est triste” ” ah ca doit etre dur de voir des gens mourir tout le temps” “ah mais tu les soignes plus en fait” et je dis stop ! (lire articles soins palliatifs).

Non le soin palliatif n’est pas l’antichambre de la faucheuse (60% des patients de mon service sont ambulatoires et sortent), non je n’ai pas de blouse noire, non je ne me sens pas inutile dans mon rôle de soignant, non ce n’est pas triste… Bien au contraire !

C’est la 1ere fois de ma carrière médicale que je rencontre des gens, et plus des patients, où les histoires de vie sont aussi importantes que les antécédents, que je peux passer 1h dans une chambre pour écouter et où toute l’équipe travaille soudée autour d’une même préoccupation primordiale : le bien être du patient, l’accompagnement dans cette période de la vie qui est inéluctable. Les soins palliatifs apportent une richesse inégalable de relations humaines… De quoi faire réfléchir…
Ce qui est insupportable pour les patients, ce n’est pas la fin de vie, c’est de ne pas être confortable avec un symptôme, de ne pas avoir été préparé correctement.

En tant que soignant, chacun a ses propres convictions, croyances, angoisses qui font qu’on est plus ou moins à l’aise avec les annonces de maladie grave ou les annonces de fin de traitement. Ce dont je suis sure c’est que les patients ne supportent pas qu’on les balade : “si si ça va s’arranger” “faut voir avec votre radiothérapeute, y’a peut être qqch a vous proposer“, c’est tellement plus facile que d’aborder l’inabordable. Nous y sommes tellement mal (si ce n’est pas du tout) formés…

Alors tous les jours je fais de l’humain, je prends des leçons de vie… Je mets les choses en perspective…

Parfois je regarde dédaigneuse les couples avec leurs poussettes gueuler sur leurs enfants chez Ikea et je me dis : “mais quelle bande de plouc, c’est la sortie du dimanche ou quoi ? ” (l’histoire ne dit pas si moi aussi j’ai une poussette et si moi aussi c’est ma sortie du dimanche 🙂 )

Je pense souvent à cette patiente de 39 ans atteinte d’un cancer du col de l’utérus a un stade palliatif. Son cancer a été découvert pendant sa grossesse qui a du être écourtée pour pouvoir la traiter le plus vite possible. Ça n’a pas suffit ! Son fils a l’âge du mien… Ca me laisse songeuse…

Y’a pas de cancer mérité, certains ont plus de sens que d’autres, quand on est vieux, quand on a fumé toute sa vie… Je ne dis pas que j’arrive mieux à l’accepter mais j’arrive mieux a y trouver une sorte logique… Mais cette femme, ou cette jeune de 19 ans avec son cancer des os… Je ne comprends pas du tout… Ça me laisse donc songeuse de voir cette femme, si sereine malgré son destin atroce, ses douleurs, son fils qu’elle ne verra pas grandir, si épicurienne à préférer manger quitte a vomir plutôt que de se priver de ce plaisir ! Songeuse…

Elle me donne une furieuse envie de vivre ! De vivre heureuse moi qui ai la chance d’être en bonne santé, de profiter du soleil, de la pluie, de ma famille que j’aime tellement, envie de donner de mon temps pour aider les malades du cancer, envie de profiter de chaque minute et de chaque bouffée d’air… La crise, la dette grecque, DSK, ON S’EN FOUT !

C’est ça mon quotidien, un profond élan de vie qui émane d’êtres humains qui vont bientôt la perdre… On est bien loin des perfusions, des traitements, des bas de contention et des sondes urinaires…

Et si finalement le bonheur c’était simple comme pousser sa poussette chez Ikea ? Njut !

En savoir plus sur les soins palliatifs : 
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société francaise d’accompagnement et de soins palliatifs